Plus simplement encore : vu ce qu’ils ont vécu de brutalité sous les régimes coloniaux, et vivent encore sous des régimes postcoloniaux, qu’auraient choisi les Africains à la veille des indépendances s’ils avaient été informés de toutes les formes de destitution humaine dont ils ont fait et font encore l’objet de la part des États ? "Dans la vie comme en politique, je n'écarte rien", déclarait-il en décembre 2018 avant de céder le pouvoir. La raison n’est pas seulement qu’elles sont essentialistes et enferment l’Africain dans une identité collective factice, voire racio-culturelle fausse et anhistorique, mais, de plus, elles servent de base à des tentatives de définition et à des affirmations normatives relatives à la soi-disant démocratie africaine. Que la pensée africaine postcoloniale ne se soit jamais posé cette question de façon systématique semble difficile à comprendre 13. L’administration des prétendues preuves dont « la fonction est de disqualifier les fictions africaines de l’Occident, de réfuter sa prétention à monopoliser l’expression de l’humain en général et d’où­vrir un espace où l’Africain pourrait enfin se raconter à lui-même ses propres fables dans une voix inimitable parce qu’authentiquement sienne » 16. OpenEdition Journals member – Published with Lodel – Administration only, You will be redirected to OpenEdition Search. Natif d’Accra, Amoako Boafo est un artiste peintre révélé en 2020 lors de la foire d’art contemporain Art Basel Miami. C’est le discours des vaincus qui ont travaillé à la perte de leur propre liberté. Voir Sur la « Philosophie africaine ». Mais que fera-t-il de son second mandat ? Alors que Appiah se confronte directement à la pensée kantienne, la reconstruit et tente de la dépasser pour défendre l’idée d’une communauté « biologique » de tout homme 28, Mbembe tente d’ouvrir ladite pensée africaine à une dimension plus large, plus cosmopolitique. Parler de philosophie et de politique en Afrique ou parler de philosophie politique dans le contexte africain, c’est se classer résolument dans le second champ : celui de la philosophie pratique. Nothing but equal rights and equal freedoms can legitimate the African postcolonial state. , Présence africaine, 1955, éd. édition, Routledge Londres, New York, 2000, p. 168-175. Il n’est pas hors propos de penser, qu’en plus des affaires politiques, le citoyen grec doit pouvoir gérer aussi sa maison. Rien que le passage du pouvoir colonial au postcolonial aurait pu constituer un dossier important des écrits sur la décolonisation et enrichir la mémoire collective. En effet, sur des enjeux majeurs comme l’État, l’exercice du pouvoir, la nature des régimes politiques, les rapports entre gouvernants et gouvernés, c’est en Afrique qu’ils semblent le plus poser problème, aussi bien empiriquement qu’au plan de l’analyse. En fait le « pouvoir … 10Bien entendu, des individus, des groupes humains et même des États, ont besoin d’une multitude de biens pour exister, surtout dans le monde moderne. Il n’est pas erroné de voir en lui un des pionniers du panafricanisme, avec W. E. Dubois, Marcus Garvey et George Padmore. En cela l’anthropologie kantienne peut lui servir de modèle dans la mesure où elle demeure une anthropologie minimale, mais fondamentale, qui situe l’homme entre l’animal et l’esprit pur, faute de point de comparaison 8. I would say, for example, that it is shaped by the more than 99 percent of our genes that we all share, by the fact that our closest common ancestor may have lived a little more than a hundred thousand years ago », Kwame Anthony Appiah, The Ethics of Identity, Princeton, Princeton University Press, 2007, p. 252. Les masques du pouvoir politique en Afrique : En Afrique, la vie sociale ne lie-t-elle pas de façon intrinsèque mystère et pouvoir, relations affectives et rapports d'autorité ? Lukas K. Sosoe, « Postcolonialité et légimitité du pouvoir politique en Afrique. 19 Comparé au citoyen grec, tel qu’on le présente dans les ouvrages, dont le seul intérêt reste, de façon primordiale, la politique. Auquel cas, le conseil délibératif de la palabre ne serait pas une délibération entre des personnes libres et égales, mais obéirait à un principe gérontocratique. 56Toutefois sa position diffère de la nôtre dans la mesure où sa tentative combine la pensée kantienne avec la pensée communautarienne de Sandel, MacIntyre, Taylor et Etzioni, pour en faire une synthèse censée, elle aussi, dépasser l’horizon ethno-racial de l’identité africaine prônée par la philosophie africaine. Refus qui se poursuit sous la postcolonie. Sciences Sociales en Afrique, CODESRIA que nous remercions pour cet appui ... à‑vis du pouvoir contemporain, leur utilité, leur pertinence, leur entregent, ... Il reste le pivot symbolique de la vie politique … 7 Max WEBER, Le savant et le politique … 5 Nous sommes conscients de la place faite aujourd’hui aux philosophies de la déconstruction, aux pensées relativistes du « anything goes » et même à des déconstructions du droit et de tout discours sur la justice. Il serait d’ail­leurs incompréhensible de choisir autre chose que la liberté. On a plutôt l’impression du contraire du moins dans le cas de certains pays. Ou, comme le choix du mal radical, ils ont consciemment décidé d’ignorer toute altérité qui menacerait leurs intérêts 15. Mais l’État ghanéen est formée de plusieurs peuples, de plusieurs cultures ancestrales dont il n’est pas certain qu’elles se ressemblent toutes. C’est pourquoi, dans un premier temps, nous présenterons des considérations en faveur du choix des droits égaux et des libertés égales pour tout individu et toute collectivité. Le refus de l’exploitation et le souci du progrès dont la race noire est porteuse peut tout justifier aux dépens de l’individu et surtout qu’une Charte des droits de l’homme soit transformée en instrument de défense de la culture qui, aujourd’hui, peut évoquer son identité pour torturer et opprimer des gens sur la base de leur orientation sexuelle, par exemple, tout en dénonçant dans son préambule les discriminations pour immédiatement violer la lettre et l’esprit de l’article 2 26. Seulement, il serait aberrant d’affirmer que l’orientation sexuelle d’une minorité met en danger toute une culture. de l'organisation politique de l'Afrique (relations interafricaines, regrou-pements, etc.). Ils préféreront vivre dans un État de droit qui structure et stabilise leurs attentes, donc dans un État nécessairement démocratique qui garantit en même temps à des minorités des droits constitutionnels. C’est encore au nom de la liberté que des femmes et des hommes ont défendu leurs cultures, lieux du sens de l’existence et de l’accès au monde humain. 1Parmi tous les ouvrages consacrés, en philosophie, à l’État en Afrique, on ne trouve aucun ouvrage ni article qui aborde la question de la légitimité de l’État postcolonial 1. 49 4 minutes de lecture. Bref, tout ce dont les Africains parlent en grandes victimes élec­tives et innocentes (?). AFRIQUE DU SUD: POUVOIR, POLITIQUE. "Pour le moment, il n'est pas dans la politique active", affirme à l'AFP l'un de ses fidèles, son conseiller diplomatique Barnabé Kikaya bin Karubi, qui confirme que M. Kabila n'a pas l'âge de faire le deuil du pouvoir. et les devoirs de l’individu de développer les valeurs africaines positives dont l’objectif est surtout d’aider l’Africain à ne pas devenir « agressif », « compétitif », « égoïste », de le mettre à l’abri de toute contamination extérieures, de s’occuper de sa pureté culturelle originelle noire, loin des valeurs que l’Organisation de l’unité africaine attribue à l’Occident et qui sont loin d’être la coexistence dans la paix et l’harmonie dont jouissent les Africains. 17Laissons de côté l’esclavage et la responsabilité refoulée des Africains dans cette tragédie et concentrons-nous sur la colonisation. Cependant, la question de la légitimité du pouvoir n’a nullement la prétention d’esquisser une théorie générale de l’État, c’est-à-dire une théorie politique complète. Wiredu avance, par exemple, la tradition de la délibération que l’on appelle peut-être négativement la « palabre ». citée, Paris, 2004, p. 7 et p. 23-24. Comment expliquer ce choix et quels arguments pouvons-nous avancer en faveur de ce dernier ? En fait, l’acquisition du pouvoir par les femmes et leur accès aux sphères décisionnelles ne peut qu’être 32Il est vrai que dans les conditions d’extrême pauvreté et dénuement, notre réflexion découvre bien vite ses limites. Mais eux aussi souffraient de la tache aveugle, de cette cécité, qui fait de l’histoire politique africaine un récit manichéen. C’est une domination de fait et en tout cas illégitime. Qui parle de philosophie et de politique en Afrique se réfère à cette seconde approche normative ; car une philosophie descriptive de l’action relève plus d’une théorie de l’action ou de la science politique, de la sociologie ou de l’anthropologie politique. Catalogue of 552 journals. C’est perdre sa dignité d’homme, dirait Rousseau. 48Encore faut-il qu’elle prenne en considération les problèmes épistémologiques que pose une telle démarche. Sciences Po University Press was founded in the 1950s as part of Sciences Po, which is among the top flight university institutions worldwide specialized in the social sciences. On a même l’impression qu’on les nomme juste pour plaire au bailleur et mimer une ouverture. Au nom de la grandeur du passé africain déclarée par la politique fondée sur des travaux de quelques universitaires africains, toute autre réflexion sur cette même unité culturelle africaine est interdite. Pouvoir politique: pouvoir d’action des femmes en Afrique. Comme le note A. Mbembe en se référant à J.-F. Bayart : « l’idée communément répandue est qu’en Afrique subsaharienne l’État n’aura été qu’une simple structure imposée par la violence, à des sociétés qui lui étaient non seulement extérieures, mais aussi hostiles. Certes, un grand nombre de de communautés aux structures de pouvoir fort éclaté en firent d’abord l’expérience dans le contexte colonial. En d’autres termes, le fait que la démocratie moderne soit née en Europe ne dit rien sur la l’étendue de sa validité. Mais il y manque, malgré le grand mérite du travail de ces trois auteurs, une offre théorique sur la façon dont se peut concevoir la question fondamentale de la légitimité de l’État postcolonial 3. 41Le refus de toute domination implique non seulement le refus de la domination coloniale et postcoloniale, mais aussi celui d’arguments anthropologiques anticoloniaux qui se veulent des réponses aux préjugés coloniaux qui enferment ladite pensée africaine dans un immobilisme total et constituent, pour l’essentiel, l’univers mental et intellectuel de la compréhension de soi en postcolonie. Revue de philosophie et de sciences humaines. 14L’absence d’ouvrages proprement philosophiques sur l’État en Afrique Noire a été déplorée. En Côte d’Ivoire, pour les prochaines élections (législatives 2021), parti au pouvoir et opposition ivoirienne se donnent rendez-vous en mars 2021, comme convenu à l’issue du dialogue politique ouvert lundi 21 décembre 2020. 27Dans la mesure où il n’avait pas de compte à rendre à la masse d’êtres humains censés être traités comme des « citoyens » et n’étant pas interpelés par la pensée philosophique africaine à répondre de sa légitimité, l’État africain, fort du soutien de l’ancien ordre colonial sur lequel il peut toujours compter en cas de menace, fort du pacte avec les nouvelles structures glo­bales, pouvait pendre toute la place qu’il voulait : assumer l’héritage politique colonial et surtout achever en toute impunité, sans crainte de critique, tout ce qui est nécessaire à sa survie, y compris tuer, torturer, renvoyer en exil, déclarer l’existence d’une culture nationale, acheter ses opposants, créer son opposition, etc., pendant que la philosophie africaine fait narcissiquement son séjour archéologique auprès de ses ancêtres. Dire que l’État moderne est importé en Afrique n’interdit pas de prendre en considération la complexité du processus ayant conduit à la consolidation des structures qui lui ont donné naissance et surtout de souligner la part de responsabilité des différents acteurs indigènes, notamment des élites traditionnelles et non traditionnelles et d’autres acteurs non indigènes. C’est pourquoi, parlant d’Africains, nous pen­sons d’abord et avant tout à la personne humaine individuelle, sous peine de recourir à des définitions essentialistes défendues par les écrivains et orchestrées par des régimes politiques dictatoriaux, prêts à empêcher toute discussion et dont les Africains n’ont que trop souffert. URL : http://journals.openedition.org/leportique/3069. C’est pourquoi, en tant que pensée de la défaite, la pensée panafricaine et toutes les philosophies de l’identité africaines ne peuvent plus servir à l’énonciation de l’identité culturelle africaine, encore moins de base à la question de la légitimité de l’État postcolonial. Notre esquisse ne se veut pas nécessairement un projet africain. Politiques des Cultural Studies, Éditions Amsterdam, Paris, 2008, p. 351-372 ; John McLeod, Beginning Postcolonialism, Manchester University Press, Manchester, New York, 2010, 2e edition, 2012, p. 1-43 ; Henry Schwartz et Sangeta Ray, (Ed. D’ail­leurs, la découverte au Mali du « code des chasseurs », qui est considéré par beaucoup comme un ancêtre des droits de l’homme, pourrait constituer une des preuves empiriques dont nous parlions. 57Nous avons essayé d’esquisser ce qui pourrait être une philosophie politique dans le contexte africain. L’Afrique en questions La politique de l’Arabie Saoudite en Afrique… Benjamin Augé 4 52 Djibouti. For terms and use, please refer to our Terms and Conditions Certes, leur adoption peut donner lieu au déclenchement d’une dynamique conduisant à des revendications, parfois imprévisibles, comme celles des homosexuelles dans certains pays africains qui, au nom justement de la culture africaine, répriment l’homosexualité. Une chose ne peut être maîtresse d’une autre chose. L’article 27 (1) peut ainsi s’analyser comme une simple « disposition-cadre » et, comme telle, n’est pas plus attentatoire aux libertés de l’individu que ne le sont les dispositions précitées de la Charte Internationale des Droits de l’Homme. En démocratie, le pouvoir est idéalement conquis et exercé en vue d’appliquer un programme politique, mais on sait là aussi qu’il n’en est pas toujours ainsi. 31C’est un truisme que de dire qu’un être humain a, en général, une diversité d’intérêts 19 et que sur le continent africain, les besoins quotidiens des femmes, des hommes et des enfants dans certains domaines sont très innombrables, inimaginables. Il s’agit d’Achille Mbembe, de Souleymane Bachir et de Pieter Boele van Hensbroeck. De cette petite minorité, nous pourrons mentionner Bachir Souleymane, Achille Mbembe, Anthony Appiah et Kwame Gyekye ou Kwasi Wiredu, tous des auteurs qui insistent sur la référence à l’individu comme un moment essentiel dans la pensée politique, voire cosmopolitique s’agissant de Appiah et de Gyekye ou afropolitique pour Mbembe. Cette question se formule dans les termes de ce qui a caractérisé les trois grands moments de l’échec des Africains face à l’exigence de l’affirmation de leur liberté. Pourtant, si on prend en considération les cultures démocratiques occidentales, elles ne sont pas similaires en tout point. Law as Social System (Ed.) 7 Voir à ce sujet Otfried Höffe, Penser un droit pénal interculturel, trad. – Jeune Afrique Il n’y a rien d’étonnant à ce que les politiques se soient emparés de la thèse de l’unité culturelle indiscutable de l’Afrique et en ont profité pour définir politiquement l’authenticité africaine ou même le socialisme africain ou encore la pensée africaine des droits de l’homme ou, mieux, ce que tous ces concepts devraient être, et l’aient imposée sans discussion aux citoyens. On com­prendra que les Africains voudront mettre fin à ces dominations usurpées. Il empêche que soient reconduites comme allant de soi les fonctions de l’État colonial sous la forme de l’État postcolonial qui se fait instrument de développement, instrument de défense d’une culture africaine inexistante, d’une identité culturelle à créer. African Perspectives, Accra, Sub-Saharan Publishers, 2013. Pire encore, elle devient un discours de revendication d’identité énoncée et immédiatement opposée à la « culture dite occidentale ». (Donc, il doit y en avoir de négatives aussi. La liberté et l’égalité ne sont que des principes formels. C’est ce qu’Achille Mbembe exprime dans des termes suivants : L’« identité dans sa double dimension politique et culturelle (…) qui consiste à réfuter, bon an mal an, les définitions occidentales de l’Afrique et des Africains en en faisant valoir la fausseté et la mauvaise foi présupposés ». Commission Economique pour l'Afrique. Voir toute la conclusion de l’ouvrage. Publiée par les éditions Karthala, Politique africaine est une revue, à comité de lecture, pluridisciplinaire d’analyse du politique en Afrique. Elle mérite d’être nuancée, voire clarifiée. C’est pourquoi, pour une théo­rie de la légitimation de l’État postcolonial, toute pensée de l’identité culturelle doit être rejetée. Il y a deux manières de se perdre : par ségrégation murée dans le particulier ou par dilution dans l’“universel”. 15 On lira, pour s’en convaincre, Oliver Le Cour Grandmaison, Coloniser, exterminer. 28Sauf à vouloir confiner la philosophie à un discours ancestral limité que l’on s’efforce de généraliser excessivement ou à faire de la philosophie politique une pièce de musée, la philosophie politique en Afrique ne peut pas échapper au travail conceptuel qui la conduira à poser, ouvertement et sans compromis, le problème de la légitimité de l’État postcolonial. Babel et Leviathan, sous la direction de William Lapierre Jean. Amoako Boafo a d’ailleurs vendu un portrait de 2m de haut «Baba Diop» à 1 million 100 dollars, lors d’une vente aux enchères chez Christie’s. Published By: Sciences Po University Press, Access everything in the JPASS collection, Download up to 10 article PDFs to save and keep, Download up to 120 article PDFs to save and keep. Donc, ce n’est pas l’absence de cette approche descriptive que nous regrettons, mais celle de la légitimation qui est une question de philosophie politique. 5Les deux dimensions de l’action humaine, individuelle et institutionnelle, peuvent faire l’objet de deux types d’approches différents : une approche descriptive, d’un côté, et une approche normative, de l’autre. DANS LA TRANSITION DÉMOCRATIQUE. L’histoire et l’univers symbolique de chaque pays étant différents au sein de l’Afrique elle-même, il n’y a pas de raison que les démocraties africaines ne se distinguent des démocraties occidentales, à condition que les principes démocratiques et constitutionnalistes aient la préséance. (1989) ; Philosophie du droit (1991, avec Alain Renaut) ; Subjectivité, Démocratie et raison pratique/Self, Democracy and Practical Reason (Ed.) Mais eux aussi souffraient de la tache aveugle, de cette cécité, qui fait de l’histoire politique africaine un récit manichéen. Difficile à comprendre quand on prend en considération toutes les énergies déployées par beaucoup d’écrivains pour défendre de leur plume les valeurs culturelles africaines alors que le plus puissant instrument de la colonisation, l’État colonial et surtout postcolonial, qui a anéantit ces valeurs et qui représente le symbole de l’institutionnalisation de cet anéantissement, est accepté sans remise en question. 23Mais alors, comment se présente ce discours intellectuel africain pour que lui soit attribué cette grande part de responsabilité dans l’absence de réflexion sur la transition de la colonisation à la postcolonie, d’une part, et dans la consolidation de la situation postcoloniale, de l’autre ? Tout laisse croire que leur accès à la reconnaissance de l’altérité avait encore besoin de temps. Seulement, dans les cas extrêmes, ces limites sont presque universelles et ne sont pas typiques à l’Afrique. L’après-pouvoir, est synonyme d’autocensure ou de « subite amnésie ». La communauté peut étouffer les individus et brimer leurs droits inaliénables. On ne peut toutefois pas dire que les citoyens moyens sont dans un état où les questions politiques ne les intéressent absolument pas ou qu’ils sont uniquement intéressés à la seule survie. Refus qui se poursuit sous la postcolonie. , tome LXVII, 2011, p. 650-663 qui présente le débat africain sur la démocratie de façon très synthétique. En pensée politique. Frédéric Joël Aïvo, « Les constitutionnalistes et le pouvoir politique en Afrique », Revue française de droit constitutionnel 2015/4 (N° 104), p. 771-800. Nous désignons par cette notion, la période qui a commencé après les indépendances formelles. Aussi harmonieuse que soit une communauté, on ne peut jamais en exclure la possibilité de violation des droits humains, la possibilité de briser des projets de vie les plus légitimes et la vie elle-même. Les Ashanti et les habitants d’Abomey en Afrique de l’Ouest ainsi que des commerçants, descendants d’Européens ou non sur toute la côte Ouest africaine témoignent déjà de cette appropriation. 27 À ce sujet, ce commentateur de la Charte, Fatsah Ouguergouz écrit, relativement au devoirs de l’individu de defendre les valeurs africaines : « Cette disposition n’a pas une grande portée juridique en raison précisément de sa généralité. The Call of Providence to the Descendants of Africa in America, A Discourse Delivered to Coloured Congregations in the Cities of New York”, Philadelphia, Baltimore, Harrisburg, 1862, in. 21C’est précisément là que les critiques africains, surtout dans les domaines de la philosophie en Afrique ou de la pensée africaine, ont ignoré leur tâche. Comme le montre bien Mamadou Hady Dème «Point de départ de la participation des citoyens à la vie politique, le mouvement de la société civile constitue le fondement de la démocratie, tandis qu'en Afrique et au Sénégal la gestion du pouvoir politique reste à la seule appréciation des politiques. En effet, c’est au nom de la liberté et de l’égalité que l’esclavage est condamnable ; c’est au nom de la liberté et de l’égalité que bon nombre de combattants pour l’indépendance sont morts dans le combat contre le colonialisme, après avoir combattu aux côtés des anciens colonisateurs contre le nazisme. Là où il conviendrait de parler de la diversité que constituent les cultures en Afrique, on parle d’une pensée africaine opposée à une pensée occidentale, elle aussi unique, identifiée et réduite à la pensée technoscientifique moderne. Universel de par ses principes et contextuel parce que, sans être une théorie qui déduit son caractère normatif de l’histoire de l’Afrique, elle fait de cette dernière une lecture qui sert de base à la théorie politique. Faudrait-il inventer l’État s’il n’en existait pas ? 17 Une philosophie politique, dans le contexte africain, devrait reprendre cette question à son compte et s’interroger sur le bien-fondé de son existence : pourquoi l’État postcolonial ? À l’exception de la démocratie grecque, réservée seulement à quelques-uns, aux citoyens, la démocratie fondée sur la liberté et l’égalité de tout être humain, est une invention moderne et coïncide de façon emblématique, avec la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Dans quelle mesure la gérontocratie serait-elle compatible avec une démocratie moderne ? 28 Appiah dit à ce sujet : « I happen to believe that there is such thing as a universal human biology, that there is a biological human nature. La question n’était plus, pour reprendre Spivak, si le subalterne pouvait parler ; certes, dans ce contexte, il le pouvait toujours parce qu’il ne gênait les plans de personne.